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Le nom de Henry RUSSEL restera à jamais lié à la conquête du Vignemale, le plus haut sommet Français des Pyrénées longtemps inviolé. L'épisode le plus épique de sa conquête, on le doit au comte RUSSEL qui à sa façon inventa la notion de camp de base en faisant percer et aménager dans le massif toute une série de grottes. Les premières, juste au-dessus du glacier d'Ossoue, puis d'autres, 800 mètres plus bas, encore accessible lorsque la neige empêchait ce fou du Vignemale d'atteindre son cher sommet et la dernière grotte nommée Paradis, à 18 mètres à peine du sommet. Né en 1834 à Toulouse, au sein d'une vielle famille irlandaise pétrie de catholicisme rigoureux, Henry RUSSEL n'a pas froid aux yeux. A l'âge de 23 ans, il entreprend ainsi deux lointains voyages en Amérique et en Asie-Océanie. |
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Durant le second, qui dura trois ans, il parcourt 65.000 kilomètres en traversant le désert de Gobie, l'Inde Ce baroudeur volontiers dandy, possède une force de caractère et une résistance physique peu communes. De retour à Pau, envoûté par les Pyrénées de son adolescence, RUSSEL se lance dans sa quête du Graal : le Vignemale, montagne à laquelle il voue une véritable vénération. Si durant l'hiver, il se plie de bonne grâce aux contraintes de la vie mondaine et de la bonne société paloise ou tarbaise, dés l'été il se lance à travers la chaîne et à l'assaut des sommets et des premières. Sa renommée est immense dans les vallées et contribue sans doute à alimenter cette vogue du romantisme montagnard qui touche alors les Pyrénées. A 47 ans, Henry RUSSEL perd son père et se trouve à la tête d'une partie de sa fortune. Cet éternel voyageur ne possède même pas une maison en plaine. Qu'à cela ne tienne, il sera propriétaire du Vignemale ! Il adopte le glacier et les murailles du couloir de gaube et envisage l'aménagement de grottes, car toute autre construction ne pourrait être qu'inesthétique et incongrue dans de tel lieu, pense-il. Pour mener à bien son projet, il embauche des ouvriers qui, armés de barres à mine et d'explosifs, vont planter leur chantier à 3.000 mètres d'altitude, slalomant entre les crevasses qui affleurent à la fin de l'été sur la gangue de glace. Commence alors un travail de titan, qui s'étalera de 1881 jusqu'à 1893 : sept grottes taillées dans le roc, à grand renfort de dynamite et de ténacité. RUSSEL ne s'arrête pas là : le 15 décembre 1888, il demande au préfet des Hautes-Pyrénées, éberlué, la concession du haut Vignemale. Plus étonnant encore, on lui accorde et le voici à la tête d'un domaine de 200 hectares entre 2.300 et 3.300 mètres d'altitude. La rétribution annuelle est fixée à 1 franc, la durée de la concession est de 99 ans. Le syndicat de la vallée de Baréges n'a recouvré la pleine jouissance du Vignemale qu'en 1989. Le 1er Août 1882, RUSSEL accompagné par ses inséparables guides Passet, Haurine et Pujo découvre sa grotte enfin achevée qu'il s'empresse de baptiser "villa RUSSEL". Située à 3.205 m d'altitude, ses dimensions sont de 3 mètres de long, 2,5 mètres de large et plus de 2 mètres de hauteur sous plafond. RUSSEL écrit : "Il saute aux yeux qu'avec une base si élevée que la nôtre, les plus grandes cimes devenaient de simples mamelons, et de longues ascensions, ipso facto, nous étaient impossibles". La montée vers le sommet du Vignemale s'effectue en moins de dix minutes, et , pour atteindre le pic voisin du Clot de la Hount et en revenir, à peine vingt-cinq minutes suffisent. "Ma grotte sert donc à quelque chose", s'exclame RUSSEL, satisfait. Les séjours en altitude de ce dandy pyrénéen donnent lieu à des soirées de gala. RUSSEL, fumant comme un sultan, couché sur l'herbe séchée, fauchée au pied de l'Ossoue, reçoit et invite personnages et voyageurs illustres. A la lueur des chandelles, les fêtes nocturnes se succèdent à plus de 3.000 mètres, dans un confort somme toute spartiate. Au menu : cigares, punch, vins fins et conversations mondaines. Plus tard, deux nouvelles grottes seront creusées : celle des Guides et celle des Dames. Et encore d' autres à la base du glacier, sous la Pique Longue, le sommet du Vignemale. Dans ses "villas", RUSSEL passera de nombreuses nuits contemplant le paysage. Sur la Pique Longue, il observe selon un cérémonial bien établi, le coucher de soleil. Au petit matin, il scrute les premières lueurs de l'aube et le bruit en cascade des ruisseaux libérés de l'étreinte du gel. Au total, RUSSEL a foulé 33 fois la Pique Longue et a passé 147 nuits dans ses grottes. En 1904, il a alors 70 ans, il gravit une dernière fois la montagne qui lui a inspiré tant de récits et a forgé sa renommée. Fier de son uvre, il confie, en guise de testament : " Creuser une grotte à une telle altitude peut sembler une folie, car bien peu de touristes y coucheront par plaisir : ce ne sera guère que par nécessité, quand la descente sera rendue impraticable ou dangereuse par les tempêtes et les orages. Je n'ai pourtant aucun remords : j'espère que mon exemple sera suivi sur d'autres cimes pyrénéennes, et que mon Paradis des neiges ne sera pas un Paradis perdu " |
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